Les banques se sont-elles assagies depuis l'affaire Kerviel?
Par Julie de la Brosse -
publié le 04/06/2012 à 12:29
Alors que le procès Kerviel s'ouvre ce lundi en France, une question sous-jacente va se poser, celle de l'évolution des pratiques bancaires depuis l'affaire. Si les établissements français se disent plus vertueux, les analystes eux restent sceptiques.
Le logo de la Société Générale sur la façade d'une agence à Paris.
REUTERS/Charles Platiau
La question ne sera pas au coeur du procès et pourtant il sera
difficile de se l'ôter de la tête : les banques ont-elles tiré les
leçons de l'affaire Kerviel? Au vu des événements récents, on peut
légitimement en douter. L'affaire JPMorgan aux Etats-Unis est en effet venue rappeler le mois dernier que les banquiers n'ont pas arrêté de prendre des risques. Avant elle, c'est la banque suisse UBS qui a vécu de l'intérieur l'expérience du rogue trader, lui faisant perdre 2 milliards de dollars en septembre 2011.
>>> EN DIRECT. "Je ne suis pas responsable de la perte de la SoGé"
>>> Ce qu'il faut savoir sur le procès de Jérôme Kerviel
Si au delà des frontières hexagonales les banques continuent leurs folies spéculatives, en France en revanche, elles se disent de plus en plus exemplaires. A les entendre, les procédures de contrôle ont été largement renforcées, et les activités de spéculation réduites au quasi-néant. Mais qu'en est-il vraiment?
Plus de procédures de contrôle
Après le traumatisme Kerviel, pour lequel la Société
Générale a été condamnée à seulement 4 millions d'euros pour défaut de
contrôle, les choses se sont sensiblement améliorées. "Les banques ont
ajouté des procédures de contrôle à tous les niveaux, de la salle des
marchés (le "front office") au back office", assure Pascal de Lima,
économiste et enseignant à Sciences-Po.
A la Société Générale, par exemple, la sécurisation des systèmes informatiques a été renforcée quasi-immédiatement. 180 millions d'euros ont été investis pour mettre en place un nouveau département de supervision des activités financières. Une sorte de tour de contrôle du risque, comme on l'appelle en interne. De manière générale, les audits externes ont été rendus plus fréquents et le département des risques, initialement chargé d'une supervision en aval, a pris du galon dans l'univers bancaire, agissant désormais au coeur même des salles de marchés. Par ailleurs, les bonus ont été encadrés (différés dans le temps pour être exact) et souvent réduits, afin de limiter autant que faire se peut l'appétit du gain des traders. "D'un point de vue opérationnel, de véritables progrès ont été faits", assure ainsi Pascal de Lima.
Pourtant malgré tous ces progrès, des efforts restent à faire. Récemment, l'Autorité de contrôle prudentiel a infligé une amende de 800.000 euros à un établissement de crédit pour des manquements dans le contrôle interne de ses activités de trading. Le nom de la banque fautive n'a pas été dévoilé, mais il s'agirait de la filiale d'un grand groupe bancaire - la Bred Banque Populaire, selon les Echos. Dans son rapport, le régulateur soulignait notamment que le dispositif de surveillance de la banque sanctionnée n'avait pas évolué "au même rythme que la complexité de ses opérations de marché".
Arrêt des activités spéculatives ? Etonnant, car si l'on en croit les banques, elles auraient pratiquement arrêté leurs activités spéculatives pour compte propre. Vendredi, le Crédit Agricole a en effet affirmé les avoir totalement interrompues, tandis que la Société Générale et la BNP les évaluent chacune à moins de 3% de leurs revenus. Un minimum, selon elles, pour réaliser leur mission d'animateur de marché (market marker), qui consiste à assurer la liquidité des titres de leurs clients.
Dans les faits, difficile de les contredire. Avec les nouvelles contraintes réglementaires (Bâle 3) et à cause de la pénurie de liquidités jusqu'à l'intervention massive de la BCE, elles n'avaient guère le choix. Ainsi depuis le mois d'octobre, les banques ont largement dégraissé leurs activités de Banque de Financement et d'investissement, en taillant sévèrement dans leurs effectifs. De là à dire qu'elles ont cessé leurs activités spéculatives pour compte propre, c'est un pas que les analystes ne sont pas prêts de franchir.
"S'il ne s'agissait que de réel market making, le compte propre ne générerait qu'un très faible revenu, car il n'a pas d'autre vocation que d'être tout juste à l'équilibre d'exploitation pour les banques", explique notamment Christophe Nijdam, chez AlphaValue. Or "3% des revenus, ce n'est quand même par rien", s'étonne un autre analyste... N'oublions pas que c'est sous couvert d'activité de couverture, en théorie sans risque, que JPMorgan a perdu au moins deux milliards de dollars !
Pour les défenseurs de la régulation, c'est donc bien la preuve que les banques n'ont rien appris de leurs fautes, et qu'il est temps de passer à la vitesse supérieure. La récente affaire JPMorgan a en effet remis la question sur le tapis et il est bien probable que la règle Volcker, qui doit être prochainement adoptée aux Etats-Unis, en ressorte plus contraignante encore. En Europe également, des réflexions sont menées à tous les niveaux pour renforcer la régulation. Outre une séparation de la banque d'affaires et la banque de détail, François Hollande, bataille en effet également pour la mise en place de chambres de compensation pour les produits dérivés de gré à gré. Ceux-là même qui ont été à l'origine de la perte de 4,9 milliards de la Société Générale en janvier 2008...
>>> EN DIRECT. "Je ne suis pas responsable de la perte de la SoGé"
>>> Ce qu'il faut savoir sur le procès de Jérôme Kerviel
Si au delà des frontières hexagonales les banques continuent leurs folies spéculatives, en France en revanche, elles se disent de plus en plus exemplaires. A les entendre, les procédures de contrôle ont été largement renforcées, et les activités de spéculation réduites au quasi-néant. Mais qu'en est-il vraiment?
L'ex trader Jérôme Kerviel, à son arrivée au tribunal le 5 octobre 2010 lors de son premier procès.
REUTERS/Charles Platiau
A la Société Générale, par exemple, la sécurisation des systèmes informatiques a été renforcée quasi-immédiatement. 180 millions d'euros ont été investis pour mettre en place un nouveau département de supervision des activités financières. Une sorte de tour de contrôle du risque, comme on l'appelle en interne. De manière générale, les audits externes ont été rendus plus fréquents et le département des risques, initialement chargé d'une supervision en aval, a pris du galon dans l'univers bancaire, agissant désormais au coeur même des salles de marchés. Par ailleurs, les bonus ont été encadrés (différés dans le temps pour être exact) et souvent réduits, afin de limiter autant que faire se peut l'appétit du gain des traders. "D'un point de vue opérationnel, de véritables progrès ont été faits", assure ainsi Pascal de Lima.
Pourtant malgré tous ces progrès, des efforts restent à faire. Récemment, l'Autorité de contrôle prudentiel a infligé une amende de 800.000 euros à un établissement de crédit pour des manquements dans le contrôle interne de ses activités de trading. Le nom de la banque fautive n'a pas été dévoilé, mais il s'agirait de la filiale d'un grand groupe bancaire - la Bred Banque Populaire, selon les Echos. Dans son rapport, le régulateur soulignait notamment que le dispositif de surveillance de la banque sanctionnée n'avait pas évolué "au même rythme que la complexité de ses opérations de marché".
Arrêt des activités spéculatives ? Etonnant, car si l'on en croit les banques, elles auraient pratiquement arrêté leurs activités spéculatives pour compte propre. Vendredi, le Crédit Agricole a en effet affirmé les avoir totalement interrompues, tandis que la Société Générale et la BNP les évaluent chacune à moins de 3% de leurs revenus. Un minimum, selon elles, pour réaliser leur mission d'animateur de marché (market marker), qui consiste à assurer la liquidité des titres de leurs clients.
Dans les faits, difficile de les contredire. Avec les nouvelles contraintes réglementaires (Bâle 3) et à cause de la pénurie de liquidités jusqu'à l'intervention massive de la BCE, elles n'avaient guère le choix. Ainsi depuis le mois d'octobre, les banques ont largement dégraissé leurs activités de Banque de Financement et d'investissement, en taillant sévèrement dans leurs effectifs. De là à dire qu'elles ont cessé leurs activités spéculatives pour compte propre, c'est un pas que les analystes ne sont pas prêts de franchir.
"S'il ne s'agissait que de réel market making, le compte propre ne générerait qu'un très faible revenu, car il n'a pas d'autre vocation que d'être tout juste à l'équilibre d'exploitation pour les banques", explique notamment Christophe Nijdam, chez AlphaValue. Or "3% des revenus, ce n'est quand même par rien", s'étonne un autre analyste... N'oublions pas que c'est sous couvert d'activité de couverture, en théorie sans risque, que JPMorgan a perdu au moins deux milliards de dollars !
Pour les défenseurs de la régulation, c'est donc bien la preuve que les banques n'ont rien appris de leurs fautes, et qu'il est temps de passer à la vitesse supérieure. La récente affaire JPMorgan a en effet remis la question sur le tapis et il est bien probable que la règle Volcker, qui doit être prochainement adoptée aux Etats-Unis, en ressorte plus contraignante encore. En Europe également, des réflexions sont menées à tous les niveaux pour renforcer la régulation. Outre une séparation de la banque d'affaires et la banque de détail, François Hollande, bataille en effet également pour la mise en place de chambres de compensation pour les produits dérivés de gré à gré. Ceux-là même qui ont été à l'origine de la perte de 4,9 milliards de la Société Générale en janvier 2008...
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